mercredi, 30. juillet 2014

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Quel est le système de gestion des déchets solides au Burkina Faso? Cas de Ouagadougou

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La gestion des déchets est devenue une préoccupation quotidienne car ceux-ci se retrouvent à tous les niveaux de l’habitat et affectent la santé publique. Ménages, centres de commerce, industries, etc., sont confrontés à la problématique des déchets.

Les réglementations en vigueur en matière de déchets, instruisent les détenteurs et les municipalités d’assurer l’élimination des déchets. Ces derniers sont donc amenés à mettre en place des dispositifs de gestion adaptés aux exigences du terrain.

Ce document porte sur les dispositifs de gestion des déchets solides au Burkina Faso en étudiant le cas spécifique de Ouagadougou. Il nous permettra de cerner le concept et le système de gestion. L’étude se limite à la situation antérieure au lancement du schéma directeur de gestion des déchets solides de la ville de Ouagadougou, qui n’est pas encore effectif quand bien même les infrastructures soient mises en place.

La réglementation concernant les déchets solides

La politique nationale de gestion des déchets est régie par un certain nombre de lois et de décrets qui en donnent les grandes orientations :

§ la loi N°005/97/ADP du 30 janvier 1997 portant code de l’environnement :

· l’article 31 du code est relatif à la gestion des déchets urbains et ruraux. Son décret d’application n°98/323/PRES/PM/MEE du 28 juillet 1998 porte réglementation de la collecte du stockage, du transport, du traitement et de l’élimination des déchets urbains.

· l’article 36 a trait aux déchets industriels. Ces textes précisent la répartition des compétences entre l’Etat et les collectivités locales en matière de gestion des déchets solides, les ressources et les charges y afférentes.

§ le décret n°95-176/PRES/MFP/MATS du 23 mai 1995 portant institution d’une redevance d’enlèvement des ordures ménagères. ce décret en son article 8 dispose que chaque collectivité décentralisée organise sur le territoire relevant de sa compétence la collecte et l’élimination des déchets urbains

Répartition des compétences des acteurs de la filière déchet


Structures responsables

Organisation de la collecte

Commune

Exercice de la collecte

Privé

ONG

Société

Aménagement des sites de décharges

Commune

Transport

Commune

Privé

Traitement des déchets

Commune

Privé

Etat (MEE, MIHU, MS)

MEE: Ministère de l'environnement et du cadre de vie

MIHU: Ministère des infrastructures, des transports et de l'habitat

MS: Ministère de la santé

Les types de déchets solides

Le code de l’environnement distingue globalement deux types de déchets solides : les déchets urbains et ruraux, les déchets industriels et assimilés.

Désignation

Catégorie

Déchets urbains et ruraux

  • Ordures ménagères ;
  • Déchets de commerces, de l’artisanat ;
  • Déchets de bureaux, des marchés, des casernes, des hospices, des écoles, des hôtels, des jardins, des voiries, des foires et des manifestations publics ;
  • Déchets de l’agriculture et de l’élevage (paille, feuilles mortes, crottins, fumiers, …) ;
  • Déchets provenant du nettoyage des voiries ;
  • Déchets encombrants (literies, commodes et penderies, tables, appareils électroménagers, …)

Déchets industriels et assimilés

  • Déchets biomédicaux;
  • Déchets industriels spéciaux (chimiques, phytosanitaires, de l’agroalimentaire, de tanneries, …)
  • Déchets industriels banals (assimilables aux ordures ménagères).

N.B. : l’ensemble des catégories composant les déchets urbains et ruraux ainsi que les déchets industriels banals sont assimilés aux ordures ménagères et géré comme telles.

Le concept de gestion des déchets

On entend par gestion des déchets l’ensemble des dispositions permettant la collecte, le transport et l’élimination écologiquement rationnelle des déchets. Cet ensemble de dispositifs constitue un schéma ou système de gestion des déchets.

Le système de gestion au Burkina Faso – Cas de Ouagadougou

La ville de Ouagadougou compte environ 946 894 habitants (INSD, recensement général de la population et de l’habitation de décembre 1996). La commune est divisée en 5 arrondissements et 30 secteurs.

La gestion des déchets incombe à la municipalité qui travaille de concert avec les associations et les entreprises privées intervenant dans ce secteur.

Le schéma de gestion est fonction des types de déchets, des ressources financières et de la logistique dont disposent les acteurs.

Le schéma classique régulièrement rencontré est le suivant : précollecte / collecte et évacuation vers les décharges.

Les déchets solides urbains

a) La collecte

Les systèmes de collecte

On rencontre :

  • la pré collecte porte-à-porte par des charrettes et le transport jusqu’au centre de transfert ;
  • la collecte porte-à-porte par des tracteurs ou des bennes et l’évacuation vers les décharges ;
  • le dépôt des ordures dans les bacs publiques municipaux, lesquels sont évacués par des poly bennes ;
  • l’évacuation périodique des tas sauvages par les services municipaux.

Les acteurs de la collecte

  • les associations de femmes
  • les associations de jeunes
  • les entreprises privées de collecte
  • les services techniques municipaux

b) L’évacuation

  • Le transport: Il se fait à partir des ménages, des bacs, des dépotoirs ou des sites de transfert vers les décharges, à l’aide de tracteurs, de poly bennes et de bennes tasseuses.
  • Le traitement: Il n’y a pas à l’heure actuelle de traitement proprement dit. Le traitement actuel est la mise en décharge sauvage située à la périphérie de la ville. Le centre d’enfouissement technique prévu pour la ville n’est pas encore opérationnel.
  • Le Centre d’Enfouissement Technique (CET) de Saaba: Il s’agit d’un projet pilote qui expérimente une décharge sèche dans le village de Saaba. Ce C.E.T reçoit les déchets de la ville de Ouagadougou et du village de Saaba. La fosse d’enfouissement est protégée contre toute infiltration d’eau. La décharge est stable car n’est sujette d’aucune dégradation biologique. Le compostage y est pratiqué sur les déchets fermentescibles (débris de pailles, déchets d’agriculture).
  • La valorisation: Seuls quelques catégories de déchets sont récupérées et valorisées par réemploi, recyclage ou compostage : métaux, verrerie, pneus usés, déchets fermentescibles. Les métaux et la fonte sont utilisés pour la forge et la fonderie pour fabriquer des ustensiles de cuisines ou des pièces d’usinage (cas de la fonte).
  • Le compostage: Il est pratiqué par certaines associations féminines sur les fractions fermentescibles des ordures ménagères après tri des éléments nuisibles (piles, métaux, verrerie). Il convient de souligner que les activités de compostage sont particulièrement menées par les femmes de Saaba, l’association Lagem Yam, etc., encadrées et formées par le CREPA.

Le schéma directeur de gestion des déchets solides

Il est né du troisième Projet de Développement Urbain grâce à l’appui de la Banque Mondiale. Ce schéma doit contribuer à l’amélioration du cadre de vie par une bonne gestion des déchets. Il comporte trois volets :

1. la collecte des déchets solides vers des centres de transfert ou centres de collecte aménagés à cet effet : elle sera entièrement rétrocédé au secteur privé ;

2. le transport vers le Centre d’Enfouissement Technique situé à la périphérie de la ville;

3. l’enfouissement au niveau de la décharge contrôlée.

Ce schéma sera bientôt en exécution. Il faut noter que le schéma actuel n’est qu’un reflet du schéma directeur de la gestion des déchets de la ville.

Le Centre d’Enfouissement Technique

Le Centre d’Enfouissement Technique de Ouagadougou est situé à une dizaine de kilomètre de la ville et s’étend sur une superficie de 70 hectares. Identifié depuis 1996, suite à une étude de présélection comme site potentiel de CET des déchets solides, le site de Polesgo faisait l’objet dès 1998 d’études préliminaires de validation.

La durée de vie du CET de Ouagadougou est estimée à 20 ans. Le volume des déchets à enfouir pendant 20 ans est estimé à 6 141 000 m3 (307 050 m3/an ou 840 m3/j).

Les déchets solides industriels

Cette catégorie comprend les déchets solides en provenance des unités industrielles et les déchets biomédicaux assimilés aux déchets industriels. Ces déchets sont à la charge de leurs producteurs.

a) Les déchets solides en provenance des unités industrielles

Ces déchets dont la gestion est entièrement laissée à la charge des industriels sont collectés et stockés sur les sites ou abandonnés dans la nature. L’incinération sauvage est le mode de traitement le plus utilisé avec tous les problèmes environnementaux que cela pose.

b) Les déchets biomédicaux

Ils sont généralement collectés et incinérés sur les lieux à l’aide d’incinérateurs (qui ne sont pas toujours adaptés) ou à l’air libre, ou hors des enceintes des centres hospitaliers. La collecte et souvent même l’élimination sont assurées par les entreprises chargées du nettoyage des établissements sanitaires.

La gestion traditionnelle

A côté de la gestion organisée des déchets, existe une gestion informelle pratiquée par les pauvres des villes. Elle consiste à stocker les déchets devant les concessions pour les transporter ensuite vers les champs plus tard. Elles constituent un amendement pour les champs. Certains procèdent simplement à l’incinération informelle des déchets et la cendre est réutilisée comme amendement.

La gestion traditionnelle concerne les déchets ruraux mais se rencontre dans certaines villes et même à Ouagadougou dans les périphéries.