lundi, 28. mai 2012

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Dynamique d’urbanisation et vulnérabilité aux changements climatiques au Sahel

innondationDepuis les grandes sécheresses de 1973, le Sahel est engagé dans une dynamique soutenue d’urbanisation. De plus en plus de sahéliens vivent en ville et les villes elles-mêmes deviennent de plus en plus grandes.

De manière générale, cette croissance des villes sahéliennes se réalise dans des conditions de déficits pluriels qui en font des espaces de grande vulnérabilité aux chocs climatiques, comme les inondations, les vagues de chaleurs, les vents violents ou les sécheresses, Ces déficits sont par exemple:

  • le peuplement des zones à risques ;
  • l’insuffisance et l’inadaptation de l’aménagement de l’espace urbain ;
  • l’inexistence de systèmes d’alerte précoce en lien avec la prévention des chocs climatiques ;
  • l’absence de plans de riposte robustes ;
  • des comportements sociaux liés à l’ignorance et au manque d’information ;
  • les modes ou les matériaux de construction inappropriés ;

Du fait de ces déficits, des événements climatiques d’une intensité même légèrement au dessus de la normale ont des conséquences désastreuses multiples dans les villes du Sahel :

  • endommagement ou destructions d’infrastructures économiques ou sociales et détérioration de l’accès aux services sociaux de base ;
  • pertes de capacités endogènes de développement (baisse des recettes fiscales de la municipalité) augmentation de la pauvreté urbaine ;
  • gouvernance urbaine plus tournée vers l’humanitaire que la planification du développement ; réduction de la performance des politiques urbaines de développement ;
  • augmentation ou modification de la demande sociale.

Au regard des lourdes conséquences des inondations intervenues dans plusieurs villes sahéliennes cette année 2009, les changements climatiques, qui vont augmenter la fréquence et l’intensité des événements hydrologiques et météorologiques extrêmes, constituent de toute évidence pour les agglomérations sahéliennes des menaces qui pourraient remettre en cause les acquis et les perspectives en matière de développement économique et social des villes sahéliennes.

Options d’intervention pour la réduction de la vulnérabilité des espaces urbains aux changements climatiques au Sahel

Pour réduire la vulnérabilité des villes du Sahel aux chocs climatiques, plusieurs options d’intervention devront être envisagées :

Amélioration des systèmes d’alerte rapide et renforcement des dispositifs et mécanismes de gestion des crises

Une mesure nécessaire et urgente pour la réduction de la vulnérabilité des villes sahéliennes aux chocs climatiques est la mise en place de systèmes d’alerte rapide et de plans de riposte.

Les systèmes d’alerte seront multi risques et utiliseront les nombreuses ressources de communication qu’offrent les villes, dont la téléphonie mobile et les radios communautaires. Des efforts seront consentis pour promouvoir ces systèmes auprès des populations, notamment auprès des populations les plus vulnérables.

L’expérience au Sahel montre que les écoles et les édifices publics servent généralement de premier lieu de refuge en cas d’inondations.Des réaménagements de ces infrastructures devront ainsi être entrevus afin qu’elles répondent au mieux aux besoins au moment venu.

L’aménagement de l’espace urbain pourrait intégrer des sites permanents pour servir de sites d’accueil en cas d’inondations majeures. De tels sites permettront de libérer les écoles et les édifices publics dans des délais courts.

La mise en place de plate- formes urbaines pour la réduction des risques de catastrophes est un élément essentiel pour parvenir à des plans urbains de riposte qui permettent la gestion de toutes les conséquences des chocs climatiques. Des campagnes de simulation pour tester les systèmes d’alertes et les plans de riposte devront être régulièrement mises en œuvre.

Informer, sensibiliser et éduquer les populations urbaines

L’édification au Sahel de villes résilientes aux chocs climatiques nécessitera la participation et la contribution de toute la population urbaine. Pour ce faire, une action continue d’information et de sensibilisation des populations sur les changements climatiques et leurs conséquences et sur la nécessite de l’adaptation à ces changements climatiques devra être mises en œuvre.

Pour obtenir les changements de comportements que commandent les changements climatiques dans les espaces urbains, une éducation des populations en lien avec la prévention et la gestion des chocs climatiques est indispensable, avec une emphase sur les systèmes d’alerte et les plans de riposte en place. Elle devra impliquées des acteurs comme l’école, l’entreprise, les associations de quartier, les syndicats, les leaders religieux et les médias, par exemple.

Mettre la législation urbaine en conformité avec les politiques de prévention et de gestion des chocs climatiques.

L’existence au niveau urbain d’une législation en lien avec la prévention des risques climatiques, d’une réglementation sur l’occupation et l’utilisation des sols, de normes appropriées de construction sont des mesures de nature à contribuer à la réduction de la vulnérabilité des villes aux risques climatiques. Pour ce faire, des cartes de vulnérabilité de l’espace urbain devront être établies et vulgarisées.

Elaboration de scénarios d’événements extrêmes pour la planification

Des politiques et des mesures de gestion de la vulnérabilité actuelle des villes aux risques climatiques est essentielle mais insuffisante pour la réduction de la vulnérabilité future aux changements climatiques. Pour établir cette vulnérabilité future et en tenir compte dans la planification du développement à court et moyen termes, des efforts devront être consentis pour élaborer des scénarios d’événements extrêmes au niveau urbain

Mettre en place les infrastructures urbaines qui protégent des risques climatiques ou atténuent leurs incidences

Il s’agit ici de mettre en place les infrastructures de base qui vont réduire la vulnérabilité des villes aux risques climatiques (canaux de drainage, retenues pour l’approvisionnement en eau des villes, système de transport urbain qui limite la pollution et résilient aux chocs climatiques). Ces investissements devront tenir compte de l’évolution du climat établie par les scénarios de changements climatiques.

En définitive, les changements climatiques posent aux villes sahéliennes un défi de gouvernance qui est celui de l’émergence d’un mode de gestion urbaine qui intègre comme indicateur de bonne gouvernance la prise en compte des risques climatiques dans les politiques et actions de développement. Pour relever ce défi, les autorités politiques urbaines devront mettre en place :

  • un cadre institutionnel qui donne à l’autorité municipale le leadership en matière de prévention et de gestion des effets des changements climatiques dans l’espace urbain ;
  • des mécanismes innovants de mobilisation des ressources financières pour les politiques et les mesures de prévention et de gestion des effets des changements climatiques ;
  • des partenariats et les cadres de concertation nécessaires à une gestion intégrale des effets des changements climatiques.

Les inondations survenues à Ouagadougou (Burkina Faso) le 01 septembre 2009, démontrent par l’ampleur de leurs impacts, la nécessité d’investir sans délai dans de politiques de prévention et de gestion des chocs climatiques pour les villes sahéliennes. Les chercheurs, les acteurs humanitaires et les décideurs politiques disposent avec cet événement d’un repère pour la formulation de ces politiques. Il reste à baliser les actions de relèvement en cours, et faire ainsi de la ville de Ouagadougou une « ville école » en lien avec l’adaptation aux changements climatiques en milieu urbain au Sahel.

Dr. M. Badolo, Institut d’application et de vulgarisation en sciences